Entrevue avec la diablesse Olivia Ruiz pendant la balance de son propre groupe, qui de ce fait zappe ses parties de chant à cause de son retard pour arriver à la salle… Très détendue, elle nous reçoit aimablement, sans se prendre la tête sur sa coiffure ou son look, en toute simplicité ! Discussion autour du succès incontestable de « La femme chocolat ». Pendant tout l'interview, les yeux d'Olivia n'auront de cesse de briller dès que l'on parle de musique...
Myg : (Haazheel) Je t'ai découvert à Montauban où tu étais dans le chapiteau "Découvertes" et j'ai été bien impressionné par ton énergie et ta façon de mener le concert, ainsi que par la complicité avec tes musiciens. A Albi j'ai été déçu de ne pas avoir le droit à un duo avec Juliette et puis je t'ai recroisé à Luxey au Festival Musicalarue... Et là j'ai pris une claque monumentale devant ta prestation ! Tu prépares différemment une grande scène de festival ou c'est juste que les "petites" salles sont trop étroites pour ton énergie ?
Olivia Ruiz : C’est plutôt en fonction de plein de trucs différents, du jour de la semaine, du nombre de gens, de l’énergie qu’on a… Si c’est le cinquième concert de la semaine, ce ne sera pas la même chose, on va changer de type de morceaux, on a 2 disques, on a le choix. La plupart des musiciens sont les mêmes que pour la tournée de « J’aime pas l’amour », c’est donc assez facile de se dire, « ce soir, on fait péter ces 2 la, on met ces 2 autres à la place… ».
Myg : (Haazheel) Le duo avec 2 membres de Noir Désir... C'était un "putain de cadeau" ! Tu t'es éclaté sur scène aussi au moins ?
Olivia Ruiz : A Luxey, j’ai joué avec le batteur et le bassiste de Noir Désir, on a repris « Putain de toi » de Brassens qui est d’ailleurs sorti sur la compile du même nom que le morceau. Malheureusement, ce ne sera pas le cas ce soir… Ce soir, il y aura un putain de cadeau, mais pas le même (Rires). Ce sera 2 duos avec mon papa et mon tonton de cœur Guy Marty guitariste, les chansons cachées de mes 2 albums.
Myg : (Haazheel) Quand on liste les gens avec qui tu as travaillé on trouve quelques noms pas désagréables : Christian Oliver des Têtes Raides, Mathias Malzieu de Dionysos, Juliette, Les Croquants, François Hadji Lazaro, Prohom... Bref je n'ose plus faire la liste... Tu sais que tu dois rendre jaloux un paquet de gens ? !
Olivia Ruiz : C’est que des histoires d’amitié… Christian, Mathias, Mali… Juliette, je suis allée la chercher la première fois, il y a une espèce de truc maternel, de marrainage qui s’est installé entre nous. J’espère qu’ils estiment avoir autant de chance de travailler avec moi que j’ai de plaisir de travailler avec eux. Je pense que c’est le cas sinon ils ne le feraient pas. On a des choses à se dire, et à partager, sinon on n’aurait pas ces idées de collaborations qui viennent en général hyper spontanément des deux cotés.
Myg : (OscarTramor) On a du mal à imaginer avec qui tu vas pouvoir travailler maintenant… tu as déjà placé la barre très haut !
Olivia Ruiz : J’ai encore mille idées, t’inquiètes pas ! Je peux imaginer avec qui travailler, je me laisse guider par les rencontres. Par exemple avec Benabar, c’est la rencontre qui a fait naître le duo « Ma petite chanson », qu’on reprend sur scène quand on se croise sur des festivals. L’envie naît d’un truc culturel, cela peut être un bouquin, un disque, un artiste sur lequel on craque, cela va amener la discussion… « Tiens, tu adores ça, moi aussi, et si on faisait ça ? ». C’est toujours un peu à l’arrach’, mais comme c’est fait avec le cœur, ça marche !
Myg : (OscarTramor) Allez dis moi que tu as un projet une soirée "Les amis d'Olivia" et qu'ils viendront tous ? Si ce n’est pas prévu je te soumets l'idée !
Olivia Ruiz : Je suis déjà avec le Ko social. Mathias est en train d’écrire son prochain roman, il fait la bande originale et m’a donné le rôle d’un personnage. Cela va amener d’autres rencontres car il y a d’autres personnes qui vont y participer. Arthur H dont je faisais les premières parties, je l’ai fait découvrir à Mathias… Les connections se font comme cela, en tchatchant et en se découvrant des points commun !
Myg : (Haazheel) Tu avais dit pour la sortie de ton premier album que tu prenais la liberté de télécharger les disques des artistes qui étaient disque d'or et que tu les achetais s'ils te plaisaient après coup, ça veut dire que tu m'autorises à télécharger "La femme chocolat" du coup ?
Olivia Ruiz : Non ce n’est pas ça, je n’ai jamais téléchargé… Quand on me pose la question du téléchargement, je parle de mon petit frère qui télécharge beaucoup, parce qu’il est curieux, et que c’est pour son usage personnel. Ce qui me dérange c’est les gens qui font du blé sur le travail qu’on a fait nous, en revendant notre musique qu’ils ont téléchargée gratuitement. Mais c’est vrai que j’ai tendance à dire quand je vois un disque qui a été vendu à 500 000 exemplaires, ne vous emmerdez pas à l’acheter ! Le miens, cela ne me dérange plus du tout qu’on le télécharge… J’ai de quoi vivre 1 an ou 2, le temps de faire mon prochain disque, c’est tout ce que je demande !
Myg : (OscarTramor) Tu rentres d’une tournée en Amérique du sud, comment as-tu été accueillie la bas ? Comment a réagi le public ? Envie d’explorer d’autres contrées ?
Olivia Ruiz : Les gens ne connaissaient pas du tout. Sur le coup, les mecs étaient un peu tribunal, on était pas très accueillis, les gens se demandaient « d’où elle sort celle la ? Qui l’a envoyée »… Et à chaque fois, dès le 2, troisième morceau, ils se levaient, dansaient… c’était parti ! Il y a une édition limitée de l’album qui est sortie en décembre avec un petit documentaire sur la tournée au Chili. C’était hyper rigolo pour moi de faire le concert avec plein d’espagnols, avec mes musiciens qui ne comprenaient rien… Je pouvais dire que des conneries sur eux, les spectateurs étaient morts de rire… (Rires).
Myg : (OscarTramor) C’était une volonté de se mettre en danger de monter sur scène devant des personnes qui ne te connaissaient pas ?
Olivia Ruiz : J’ai l’impression de me mettre en danger dès que je monte sur scène, n’importe où, donc pas spécialement plus. Quand tu arrives dans un bled complètement paumé dans un centre culturel où il n’y a que des abonnés qui ont pris cela car c’était dans les choix, tu n’es pas plus à l’aise qu’ailleurs !
Myg : (OscarTramor) As-tu quelques pistes pour le troisième ? Des gens avec qui tu vas travailler ? Peut être te mettre encore plus à l’écriture…?
Olivia Ruiz : Je ne réfléchis pas aux disques, je fais à l’instinct et c’est tout ! Pour « La femme chocolat », j’ai fini la tournée « J’aime pas l’amour », la semaine suivante je me suis demandée ce que j’avais en stock. J’ai pris tout mes cahiers avec mes textes, les chansons que les potes m’avaient fait en me disant « celle la j’ai vraiment envie de l’avoir, celle la aussi… ». J’ai choisi dans les textes que Mali et Mathias m’avaient fait une trame de chanson, et ensuite j’ai réécouté mes chansons et j’ai gardé celles qui s’emboîtaient bien avec les autres. Sans même avoir à réfléchir à ce que j’allais faire, l’album était fait ! Les chansons que j’ai mises sur « La femme chocolat » sont des vieux morceaux. Tout ce que j’ai fait ces 3 dernières années, plus tout ce que je fais sur la route, je le garde sous le coude. Il n’y aura peut être que de celles-ci, aucune à moi, ou que des vieilleries de 5, 6 ans… Je ne sais pas quelle sera mon envie dans un an quand j’aurais fini la tournée. Il y aussi un DVD live qui se prépare pour septembre prochain. J’ai encore du pain sur la planche ! Cela fait son chemin inconsciemment, sans y penser,ce qui fait qu’à un moment donné, tu sais à peu près où se croisent tes envies, et vers quels choix tu vas aller.
Myg : (Haazheel) Tu as fait partie des nominés pour le Prix Constantin 2006 mais c’est Abd Al Malik qui a gagné, après les victoires de la musique 2005, c’est assez étonnant, c'est une reconnaissance de plus qui fait toujours plaisir ou c'est un prix particulier ?
Olivia Ruiz : C’est un jury de 15 personnes qui sont tous des professionnels dans des branches différentes, qui votent objectivement, normalement, car je ne les connais pas. Si j’avais gagné le prix Constantin, j’aurais été super contente, mais je le suis tout de même rien que par le fait d’être nominée, par rapport à l’homme aussi, par rapport aux gagnants précédents, par rapport aux nommés à mes cotés qui sont des artistes incroyables. Il y avait Grand Corps Malade, Katerine, des gens que j’aime beaucoup !
Myg : (Haazheel) Quel est ton dernier achat de CD ? Et ton dernier coup de coeur musical ?
Olivia Ruiz : En ce moment j’use un disque que j’ai acheté il y a quelques mois, celui de Beirut « Gulag orkestar », c’est un jeune auteur compositeur de 20 ans, multi instrumentiste, auteur compositeur qui a fait son album tout seul. C’est un canadien anglophone, mais hyper inspiré des musiques de l’est, c’est vraiment entre Emir Kusturica et les Beatles, un super beau mélange. J’écoute aussi « L’étreinte » de Miossec, le nouvel album de Brigitte Fontaine que j’ai piqué chez Polydor et qui est énorme. Je vais m’acheter le nouvel album de Joey Starr, j’ai entendu 2 titres sur une compile, ça a l’air monstrueux, j’adore… Je voulais m’acheter aussi l’album d’Emily Loizeau, j’ai craqué sur le titre qui figure sur la compile du prix Constantin. J’ai bien usé l’album de Grand Corps Malade aussi…
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